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Yvan Gil : «  Une Assemblée constituante pour sortir de la crise au Venezuela »

mercredi 7 juin 2017, par Gaël De SANTIS, Yvan Gil Vice-ministre pour l’Europe au ministère du pouvoir populaire pour les Relations extérieures

Cette interview de Yvan Gil , Vice-ministre pour l’Europe au ministère du pouvoir populaire pour les Relations extérieures par Gaël De Santis montre bien que le peuple vénézuélien continue de résister courageusement malgré le fait que l’Europe dans sa quasi totalité s’est alignée sur la position des Etats UNIS.

Michaële Lafontant

Membre du CN du PCF

Le président Maduro lit un document sur les détails de son projet d’Assemblée constituante, le 24 mai 2017, à Caracas. C. Barria/Reuters

Depuis deux mois, l’opposition vénézuélienne organise des manifestations quasi quotidiennes à Caracas. Les heurts ont fait au moins 60 morts. Entretien avec le vice-ministre aux questions européennes du Venezuela, Yvan Gil, en tournée en Europe.

Yvan Gil Vice-ministre pour l’Europe au ministère du pouvoir populaire pour les Relations extérieures.

Comment expliquez-vous la crise que vit le Venezuela  ?

Yvan Gil Elle est le fruit d’une confrontation entre deux modèles de pays. D’un côté, on a le modèle spoliateur défendu par les États-Unis, intéressés par le pétrole vénézuélien. De tout temps, il y a eu une classe bénéficiaire de cette politique, une classe très puissante qui contrôle les moyens de production, de communication et financiers. En face, on trouve une classe émergente et populaire. Celle-ci porte la revendication d’une souveraineté sur les ressources pétrolières et s’est incarnée dans le mouvement chaviste.

Depuis la mort du président Hugo Chavez, qui exerçait un leadership très puissant, la confrontation a connu une forme plus violente. La classe des puissants a initié un processus de sabotage économique, de blocus financier et de violences de rue. Ils ne sont pas parvenus à nous renverser, même s’ils ont connu des succès circonstanciels avec la victoire de la droite aux élections législatives de 2015. C’est pour sortir de cette crise que le président Nicolas Maduro a convoqué une Assemblée constituante. Nous posons la question de la transformation de l’État pour avancer.

La droite dit qu’elle n’est plus putschiste. Est-elle devenue démocratique  ?

Yvan Gil Elle n’a jamais reconnu la victoire de Nicolas Maduro en 2013, alors que celui-ci a reconnu la victoire de l’opposition à l’Assemblée nationale. Depuis, celle-ci tâche de destituer le président, quand bien même ce n’est pas de sa compétence. Elle a été jusqu’à demander aux forces armées d’organiser un coup d’État. Elle a exigé des élections générales anticipées, qui ne sont pas prévues par la Constitution…

Dans la plupart des États, le gouvernement est responsable devant le Parlement. Envisagez-vous un changement dans ce sens dans le cadre des travaux de l’Assemblée constituante  ?

Yvan Gil Au Venezuela, le gouvernement répond au président. Même si l’opposition a bloqué tout le fonctionnement de l’État, le président n’a pas le pouvoir de dissoudre l’Assemblée nationale. En revanche, il peut convoquer une Assemblée constituante pour que les citoyens résolvent les conflits entre pouvoirs. C’est le choix fait par Nicolas Maduro. Comme lors du changement de loi fondamentale en 1999, l’Assemblée constituante mènera ses travaux parallèlement aux pouvoirs publics existants, qui continueront de fonctionner.

La nouvelle Constitution sera-t-elle soumise à référendum  ?

Yvan Gil Il n’est pas encore défini si cette Assemblée va choisir de rédiger une nouvelle Constitution. Par le passé, quand il y a eu des changements de Constitution, il y a eu référendum. Si l’Assemblée propose un changement de Constitution, il y aura référendum.

Vous parlez de deux classes. Il n’y a pas une majorité de membres de la classe dominante. Comment la droite a donc pu obtenir plus de 50 % des voix lors des législatives de 2015  ?

Yvan Gil Par une guerre économique de sabotage et de blocus financier. Les services publics et la distribution ont été affectés, occasionnant un mécontentement chez nos soutiens, qui n’ont pas voté à droite mais se sont abstenus.

Le problème du Venezuela n’est-il pas de ne pas être parvenu à sortir de la dépendance à la rente pétrolière  ?

Yvan Gil Cette question n’est pas nouvelle. Cela fait cent ans que cela dure. La Constitution de 1999 fut un succès concernant la redistribution de la rente mais il a été difficile de développer un nouveau modèle économique. Pourtant, le président Chavez a fait beaucoup pour diversifier l’économie, avec des investissements dans l’agriculture et l’industrie. Jusqu’ici la priorité était de résoudre la question de la pauvreté de millions de Vénézuéliens, héritée de la IVe République. Le président Maduro souhaite un modèle post-pétrolier, avec de nouvelles sources de richesses. Il entend mettre en œuvre le plan pour la patrie de Chavez, qui trace la voie pour sortir de la rente, mais qui n’a pu être mis en œuvre du fait du sabotage économique.

Vous êtes en tournée européenne. Les gouvernements vous interpellent-ils sur la répression dans votre pays  ?

Yvan Gil La plupart des gouvernements européens adoptent une position alignée sur le pouvoir médiatique et impérial. Nous leur expliquons qu’ils n’ont pas intérêt à s’aligner sur la politique des États-Unis. Dans certains pays, la communauté vénézuélienne dispose d’un grand pouvoir économique. Ils sont parvenus à générer des fausses informations. Dans d’autres, le Venezuela est instrumentalisé pour s’attaquer aux forces de gauche. On a affaire à un laboratoire de guerre bien agencé, qui produit des images, des déclarations isolées par le truchement de médias. Le président Chavez disait se battre contre un axe Bogota-Miami-Madrid. La Colombie, les États-Unis et l’Espagne sont des centres économiques qui ont de forts intérêts au Venezuela, et pratiquent la manipulation de l’information, sept jours sur sept, 365 jours par an.

Selon vous, la révolution bolivarienne a-t-elle un futur  ?

Yvan Gil Nous sommes dans une période d’offensive. Comme nous l’a enseigné le commandant Chavez, comme en 1998, nous menons la bataille électorale, la bataille des idées. Nous avançons nos propositions pour réformer l’État. Que propose l’opposition à ce sujet  ? Pour notre part, nous souhaitons que le débat constitutionnel descende, que l’on s’en empare dans les classes populaires, dans les syndicats, les usines et les champs. Nous appelons de nos vœux des débats, des discussions, des critiques, des apports à la réforme de l’État.

Yvan Gil

Vice-ministre pour l’Europe au ministère du pouvoir populaire pour les Relations extérieures

Gaël De Santis

Journaliste

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