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Une réflexion stimulante sur le demi-siècle écoulé depuis les indépendances africaines

Sortir de la grande nuit.

Essai sur l’Afrique décolonisée, d’Achille Mbembe. Éditions La Découverte

mardi 9 novembre 2010, par Rosa Moussaoui

Dans ce bel essai critique, dont le titre évoque le dessein anticolonialiste de Frantz Fanon, Achille Mbembe déplie, sur un mode à la fois poétique et politique, une réflexion féconde et stimulante sur le demi-siècle écoulé depuis les indépendances africaines. La décolonisation, insiste-t-il d’emblée, ne saurait se réduire à un moment historique. Elle fut aussi, et peut-être surtout, une catégorie politique visant une réinvention du rapport entre le sujet colonisé et le monde, une «  montée universelle en humanité  » dont Amilcar Cabral souligna la portée proprement révolutionnaire.
Que reste-t-il de cet événement majeur  ? «  Le crâne d’un parent mort  », résume l’auteur non sans amertume, au détour d’une échappée autobiographique qui lui fait évoquer le combat de Ruben Um Nyobé et de l’Union des populations du Cameroun (UPC). Combat à mort dans une guerre qui n’a jamais dit son nom, et dont les fondés de pouvoirs de l’ex-puissance coloniale se sont évertués, après l’indépendance, à effacer jusqu’à la trace. C’est dans le creuset de cet oubli primordial que la domination coloniale a laissé place à la prédation d’élites séniles et corrompues, de «  satrapes  » gavés par la rente que leur assure cette économie d’extraction chère aux multinationales et aux ex-métropoles. Paradoxe d’une indépendance sans liberté ni démocratie, qui n’offre aux populations que l’alternative entre la fuite, la petite prédation et l’asphyxie… Mais ces postcolonies peuplées de «  passants  » sont aussi les matrices de nouvelles sociétés marquées par une créolisation fulgurante, par l’irrépressible circulation des hommes et des cultures, par des réassemblages complexes. Lesquels forment, selon l’auteur, la trame d’une «  modernité afropolitaine  » en devenir. C’est à partir de là, et par-delà le précieux héritage anticolonialiste et anti-impérialiste, que doit être repris ce qui a échoué, écrit-il. Pour inventer un langage, une politique d’émancipation propres à reprendre cette «  question de l’homme  » posée par la décolonisation et formulée par Fanon. Achille Mbembe invite à défricher les voies d’une possible renaissance, à étendre contre l’emprise, sur le continent, de la mort et de la violence, des réserves de vies. Il s’agit, finalement, de penser et de décliner les facettes d’une nouvelle «  montée universelle en humanité  ».

Rosa Moussaoui

Voir en ligne : http://humanite.fr/05_11_2010-une-r...

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