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Espace Frantz Fanon : constitution d’un réseau militant original

lundi 29 octobre 2007

NB : ce texte a fait l’objet d’une communication lors de la journée d’études du 3 février 2007 portée par l’atelier L d’Espaces Marx sur la notion de "réseaux". Depuis cette journée, un groupe de réflexion spécifique sur le réseau Frantz Fanon s’est mis en place.

A- Le contexte

L’Espace Frantz Fanon se situe dans les mouvements altermondialistes, il s’est donc inspiré de ses principes : Le mouvement altermondialiste est né entre autres du constat d’échec des pays de l’Est et de son modèle, mais aussi des structures trop pyramidales des partis et des syndicats,ne pouvant répondre à eux seul au défi de la mondialisation capitaliste. Le souhait d’une société solidaire et démocratique s’est exprimé ces dernières années à travers les forums sociaux, dans des réseaux transversaux avec pour mot d’ordre général : « un autre monde est possible ».

Ces réseaux ne prétendent pas résoudre tout, mais ils sont à la recherche de certaines questions non résolues dans la politique traditionnelle. Il y a une réelle émergence de réseaux sans centre, censés faciliter la prise d’initiative du plus grand nombre de participants. B- Le réseau Frantz Fanon et son processus

Le réseau Espace Frantz Fanon est né sur proposition du forum social africain. Espaces Marx a répondu présent à cette demande, pour au moins deux raisons :

1-travailler sur la décolonisation. Car il nous est apparu évident que la crise des banlieues appelait à une réflexion sur les rapports coloniaux.

2-Dans le Sud la colonisation économique existe toujours.

Travailler sur ces thématiques à travers le prisme de la pensée de Frantz Fanon. nous est apparu très important.

Nous avons démarré notre réseau avec une quinzaine d’organisations en France et de nombreux partenaires internationaux. Le réseau que nous avons constitué via internet, avec possibilité de réagir, comptes-rendus de réunion publiés, l’ Espace Frantz Fanon en ligne et de nombreuses contributions possibles a facilité l’élargissement.

Au fil des réunion et des débats sur internet, quatre thématiques ont été retenues par consensus :

- Les domination coloniales
- La ségrégation urbaine.
- Psychiatrie et désaliénation mentale.
- Frantz Fanon, une Lecture contre le choc des civilisations.

L’espace Frantz Fanon à Nairobi s’est tenu en 8 séminaires de 2 heures et demi,il a permis une fidélisation des participants. Nous avions avant Nairobi 150 contacts de personnes ou d’ organisations. Nous avons obtenu lors de ces ateliers plus de 300 adresses supplémentaires de personnes intéressées à continuer dans plus de 60 pays.

Le grand enrichissement tient surtout au lien objectif fait entre des données théoriques exposées par des psychiatres et des chercheurs, et des pratiques ou des réalités sur les domination coloniales ou postcoloniales avec entre autres le témoignage d’une femme Dalit expliquant la fierté de son identité de Dalit après en avoir eu honte à travers l’image que lui renvoyait la société en temps qu’ « intouchable » synonyme de « sale », image qu’elle avait totalement intériorisée.

Ou encore ce chef de tribu Kenyan expliquant qu’il était sans terre que la culture de sa tribu n’était pas d’être propriétaire, mais de pouvoir utiliser librement les terres sans notion de propriété, il explique,l’exclusion de sa tribu tout d’abord dans le cadre de la domination coloniale, mais aussi dans le cadre de redistribution des terres dont sa tribu a été exclu, il revendique le droit de vivre pour sa tribu, sans notion de propriété, extérieur aux valeurs de sa tribu. Le réseau a permis une étroite correspondance entre des individus totalement différents mais ayant la même conscience de ce qui se jouait dans les rapports de domination coloniaux.

- De Nairobi est né une volonté de créer un réseau permanent qui s’est entre autre matérialisé par un appel fondant le réseau. Nous avons dores et déjà, plusieurs objectifs concrets de restitution dans les quartiers, colloques, ... c- Difficultés et quelques éléments d’analyse

- Notre réseau a cependant rencontré quelques difficultés, malgré l’absence de structures pyramidales, supposant qu’à un moment certains souhaitent arriver au haut de la pyramide ; il y a eu des volontés d’appropriation du réseau pour obtenir « des parts de pouvoir » .Il est très important de s’en tenir au principe qu’un réseau n’appartient à personne . Si ces personnes ou organisations interviennent dès le début pour se l’approprier, il sera difficile de créer le réseau. Mais si le réseau vit déjà d’une dynamique autonome, alors il résiste et survit. C’est une vigilance permanente à observer si nous voulons que celui-ci soit en évolution créatrice permanente.

- Si l’on souhaite qu’un réseau ait une portée transformatrice, il ne doit appartenir à personne : à plus forte raison lorsque celui-ci a pour principal objet, la décolonisation des esprits, en lien à une nouvelle subjectivité dépassant les rapports de dominations quelqu’ils soient. Notre réseau doit intégrer la complexité et tendre vers une harmonie non simplifiée.

Pour avoir des chances d’être utile, un réseau doit perpétuellement se poser la question de l’inclusion maximale, cela suppose une réflexion permanente sur le ou les pouvoirs à l’intérieur de celui-ci.

Chantal Delmas

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