Venezuela. Caracas sous la coupe d’ingérences

, par Cathy Dos Santos

Excellent article de Cathy Dos Santos paru dans le Journal l’Humanité du 13 juillet 2017 et dénonçant les tentatives d’ingérences états-uniennes dont fait l’objet le Président MADURO de la part de secteur de droite du Sénat vénézuelien.Michaële LAFONTANT CN/PCF

Connu pour ses positions contre Cuba, l’élu républicain Marco Rubio appelle à la tenue d’élections au Venezuela, supervisées par l’administration américaine... Comme au bon vieux temps d’avant Chavez. Raul E. Diego/Anadolu Agency/AFP

LE VENEZUELA : CARACAS SOUS LA COUPE D’INGERENCES

Par Cathy DOS SANTOS
L’Humanité Jeudi, 13 juillet, 2017

Le sénateur états-unien Marco Rubio a menacé de sanctions le président Maduro si les autorités ne se plient pas aux injonctions de Washington.

On savait le sénateur Marco Rubio très en verve dès lors qu’il s’agit de cogner à bras raccourcis sur Cuba. L’élu républicain l’est tout autant concernant le Venezuela. Il s’est ainsi cru autorisé mardi à fustiger le gouvernement et le président Nicolas Maduro, allant même jusqu’à brandir la menace de « sévères sanctions » de la part des États-Unis si d’aventure les autorités concrétisaient l’objectif d’élire une Assemblée nationale constituante le 30 juillet. Ce qu’elles comptent bien faire au demeurant.

Dans la foulée, le conservateur a appelé à la tenue d’élections générales « supervisées », autrement dit sous contrôle de l’étranger, donc de l’administration américaine, renouant ainsi avec la mise sous tutelle de ce pays qu’elle contrôlait avant l’avènement de la gauche à la fin des années 1990. « Nous appuierons les efforts réels pour parvenir à la réconciliation et restaurer l’ordre démocratique au Venezuela. Mais le temps est en train de s’épuiser », a-t-il même osé, dans un soutien plus qu’explicite à l’opposition de droite pourtant à l’origine de violentes insurrections de rue qui ont fait plus de quatre-vingt-dix morts. Marco Rubio n’en est pas à son coup d’essai en matière d’ingérence dans les affaires internes du Venezuela. Le 28 mars déjà, le sénateur avait intimidé les pays membres du Conseil permanent de l’Organisation des États américains (OEA) si ces derniers persistaient à soutenir les autorités vénézuéliennes contre l’avis du président de cet organisme inféodé aux États-Unis et de ses alliés.

« Le Venezuela est un pays souverain qui ne se laisse pas intimider »

La réponse de Caracas ne se fait pas attendre. « Le Venezuela est un pays souverain qui ne se laisse pas intimider. (…) Aucun gouvernement ne peut venir nous dire ce qu’il faut faire », a répondu le président Nicolas Maduro, fustigeant « l’impérialisme » américain.

Les déclarations de Marco Rubio sont à prendre très au sérieux. Elles contribuent à aiguiser la crise multidimensionnelle que connaît le pays depuis désormais quatre ans. Mais elles viennent surtout renforcer la Mesa de la Unidad Democratica (Table de l’unité démocratique, MUD), dont les liens avec Miami, le fief de Rubio, ne sont plus à démontrer.

Désireuse de déloger par tous les moyens le Parti socialiste unitaire du Venezuela, et ce avant la fin du mandat présidentiel de Maduro, en 2018, la droite, pourtant majoritaire au sein de l’Assemblée, tente un nouveau coup de force en organisant le 16 juillet une consultation militante qui a pour but de rejeter le scrutin de la Constituante, que l’opposition appelle d’ailleurs à boycotter, mais en appelle également à l’armée afin que cette dernière soutienne l’Assemblée au détriment du pouvoir exécutif. Enfin, troisième question soumise au vote, la tenue d’élections anticipées, faute d’être parvenu à les imposer par les voies légales et juridiques. La journée de dimanche s’annonce tendue dans un climat qui l’est tout autant. Sept fonctionnaires de la garde nationale bolivarienne ont été blessés lundi à Caracas avec un engin explosif lancé par des opposants. Un mineur a été renversé dans l’État de Bolivar, à proximité d’affrontements. Un candidat chaviste a été assassiné le 9 juillet, jour du lancement officiel de la campagne électorale de la Constituante. Mais de cela, Marco Rubio n’a pas pipé mot.

Cathy Dos Santos

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