INDE : SCANDALE AUTOUR DE LA VENTE DE 36 RAFALE PAR LA FRANCE

, par Lina Sankari

Un article de Lina SANKARI mis en ligne par Michaële LAFONTANT (CN PCF).

Le Parti du congrès indien accuse le gouvernement de malversations et de corruption dans le contrat qui le lie à Dassault Aviation. L’avionneur a monté un joint-venture avec The Reliance Defense, dont le PDG est proche du premier ministre indien.

Le savoir-faire français s’exporte bien. Cette fois, pas question pour Paris de proposer ses compétences en maintien de l’ordre comme il le fit au satrape tunisien Zine el-Abidine Ben Ali lors de la révolution de jasmin. Aujourd’hui, c’est plutôt le culte du secret qui a le vent en poupe. Ainsi, le président du Parti du congrès indien, Rahul Gandhi, accuse le gouvernement de malversations et de corruption dans le contrat d’achat des chasseurs français Rafale en 2016. Après de longues années de négociations, New Delhi achetait 36 avions de combat à la France pour un montant de 7,89 milliards d’euros. Une somme excessivement élevée, selon l’opposition indienne. Le Parti du congrès rappelle en effet que, lorsqu’il était au pouvoir, avant 2014, le prix de chaque Rafale était estimé à 68,2 millions d’euros. Après l’accession de la droite au sommet de l’État, le coût d’un avion a atteint 203,4 millions d’euros.

Le Congrès soupçonne ainsi l’exécutif d’avoir « violé les procédures d’achat du ministère de la Défense » et « négligé les intérêts » du conglomérat national, Hindustan Aeronautics, au profit du groupe français Dassault Aviation et de la société The Reliance Defense, dont le PDG Anil Ambani est réputé proche du premier ministre nationaliste Narendra Modi. Seulement dix jours après la conclusion du marché le 23 septembre 2016, Dassault Aviation a en effet constitué un joint-venture avec The Reliance Defense afin de faire fabriquer une partie des appareils en Inde et de donner du crédit à la campagne du pouvoir « Make in India » visant à accroître la production nationale.

SELON L’AMBASSADE DE FRANCE, LE MARCHÉ DES RAFALE AVAIT ÉTÉ CONCLU « EN TOUTE TRANSPARENCE »

Selon la principale force d’opposition, ce montage a pourtant été réalisé sans l’accord des ministres concernés, donc du ministre de la Défense de l’époque, Manohar Parrikar, alors en pleine partie de pêche à Goa, et en présence de l’homme d’affaires Anil Ambani. Nirmala Sitharaman, l’actuel chef des forces armées, s’est contentée de répondre que de telles querelles étaient un « mauvais service » rendu aux forces armées. Elle accuse le Congrès de ne pas avoir conclu le contrat lorsqu’il était au pouvoir, donc d’avoir mis en danger la sécurité de la nation ! Sans toutefois fournir aucune explication sur les conditions de la vente.

En novembre, alors que le scandale en était à ses prémices, l’ambassade de France à New Delhi réagissait en « (rejetant) ces allégations d’ordre politique » et en certifiant que le marché des Rafale avait été conclu « en toute transparence ». Depuis, la France et l’Inde refusent de communiquer les détails de cette transaction, assurant toutes deux être liées par des clauses secrètes de ce contrat. Or, vendredi, Rahul Gandhi assurait devant la Lok Sabha, la chambre basse du Parlement indien, avoir rencontré le président Macron lors de sa visite en Inde, en mars. Ce dernier lui aurait « clairement dit qu’aucun pacte secret n’existait entre les gouvernements français et indien ».

Paris se retrouve désormais lui aussi sommé de s’expliquer. Lors d’un point de presse, vendredi, le Quai d’Orsay a rétorqué qu’il existait « entre la France et l’Inde un accord de sécurité conclu en 2008 qui engage les deux États à protéger les informations classifiées fournies par le partenaire et qui pourraient, notamment, impacter la sécurité et les capacités opérationnelles des équipements de défense de l’Inde ou de la France ». Selon le ministère des Affaires étrangères, ces dispositions s’appliqueraient à la vente des 36 Rafale.

Dans une interview accordée à India Today en mars, Emmanuel Macron assurait en effet qu’il n’était pas « souhaitable » de communiquer les détails de la vente alors que des « intérêts commerciaux extrêmement sensibles » étaient en jeu. Le chef de l’État français précisait néanmoins que la France ne verrait aucune objection à ce que son partenaire indien communique les conditions de la vente à l’opposition afin de ne pas s’enfoncer dans une crise politique à un an des échéances législatives du printemps 2019. À moins que ces révélations ne plongent encore plus le premier ministre indien dans l’embarras...

Lina Sankari